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Mumia Abu-Jamal

L’affaire Mumia Abu-Jamal

Qui est Mumia Abu Jamal ?

Mumia Abu-Jamal est un journaliste reconnu de Philadelphie qui se trouve en prison depuis 1981 et dans le couloir de la mort depuis 1983, accusé d’avoir tué l’officier de police Daniel Faulkner.

Déjà à l’âge de 14 ans, Mumia est arrêté et battu pour avoir protesté contre un meeting du candidat ultraraciste George Wallace à Philadelphie. Peu après, il est fiché par le FBI pour avoir voulu rebaptiser son lycée ‘Malcolm X’. Adolescent, il est l’un des membres fondateurs du Chapitre du Black Panther Party de Philadelphie. En 1969, il est y chargé de l’information. Le FBI le considère comme l’une des personnes ’à surveiller et interner en cas d’alerte nationale’.

Adulte, il devient journaliste pour des radios telles que NPR et WHAT, où il est directeur de l’information. Ses reportages se concentrent essentiellement sur les injustices et les brutalités subies par les noirs.

Mumia Abu Jamal Mumia adolescent, dans les locaux du Black Panther Party en 1970.

L’affaire Mumia Abu Jamal

En 1981, Mumia travaillait comme taximan pour arrondir ses fins de mois. Dans la nuit du 9 décembre, lors d’une course, il entend des coups de feu, s’arrête et voit son frère, titubant. Il sort de sa voiture, court vers lui et reçoit une balle, tirée par un officier de police. Il perd connaissance. Quelques minutes plus tard, la police arrive et trouve Faulkner et Mumia étendus sur le trottoir, inconscients. L’officier de police mourra de ses blessures, et Mumia est arrêté, sauvagement battu, jeté dans une voiture et conduit à l’hôpital le plus proche. On ne sait comment, il survit. Arrêté, il est accusé du meurtre de Faulkner.

Malgré ses dénégations, malgré son absence d’antécédents judiciaires, une enquête inéquitable (expertises balistiques inexistantes, balles non identifiables, absence de relevé d’empreintes, zone des faits non sécurisée, tests non effectués...) conclut à la culpabilité de Mumia. Le procès commence en 1982, présidé par le juge Sabo (connu comme étant le juge ayant envoyé le plus d’accusé à la mort). Mumia souhaitait s’y défendre seul, mais ce droit lui est refusé, et on lui assigne un avocat commis d’office. Durant tout le procès, on l’accuse de déranger le cours des débats, et il ne pourra assister à presqu’aucune des audiences de son propre procès.

L’accusation affirme que le coup de feu qui a tué Faulkner provient de l’arme de Mumia, un calibre 38 légalement enregistré, en totale contradiction avec le rapport de l’expertise médicale dans lequel est clairement établi que la balle retirée du cerveau du policier est issue d’un calibre 44. Ce fait n’a jamais été révélé au jury. De plus, un expert en balistique dit qu’il trouve incroyable que la police présente sur les lieux de la fusillade n’ait pas analysé l’arme de Mumia pour voir si elle avait servi récemment, ou regardé ses mains pour y trouver d’éventuelles traces de poudre.

Une des accusations la plus accablante est celle qui affirme que Mumia aurait avoué à l’hôpital. Troublant, cette confession n’est rapportée que deux mois après les faits, juste après que Mumia ai introduit une poursuite contre la police pour brutalités. L’un des officiers qui déclare avoir entendu la confession de Mumia est Gary Wakshul. Mais dans le rapport policier qu’il rend ce jour-là, il déclare : ’le nègre n’a fait aucun commentaire’. Le docteur Coletta, médecin de garde qui est resté auprès de Mumia tout le temps dit qu’il ne l’a jamais entendu parler.

Le témoin phare de l’accusation est une prostituée du nom de Cynthia White, qu’aucun autre témoin sur place n’a vu au moment de la fusillade. Durant le procès de Billy Cool (le frère de Mumia), qui s’est déroulé quelques semaines plus tôt, elle donne un témoignage en totale contradiction avec ce qu’elle dira au procès de Mumia. Son témoignage au procès de Cook décrit quelqu’un sur les lieux qui n’était pas là quand la police est arrivée. Cela corrobore avec les cinq autres témoignages affirmant qu’une personne aurait fui. Durant une audition en 1997, une autre ancienne prostituée témoigne que White agissait en tant qu’informateur de la police. Un autre témoignage, sous serment, a révélé que la police recueillait régulièrement des témoignages sous la contrainte. En 1995, un témoin visuel jure que la police a plusieurs fois déchiré sa déclaration écrite - que le tueur avait fui les lieux - jusqu’à ce qu’il signe finalement un document qu’elle estimait acceptable. L’année suivante, le témoin Veronica Jones s’est présentée pour déclarer qu’elle avait été forcée de changer sa déclaration initiale, où elle affirmait que deux hommes s’étaient enfuis. Billy Cook, présent durant toute la durée de la fusillade, a clairement affirmé que Mumia était absolument innocent. Témoins menacés, subornés, écartés, rapports de police contradictoires, violations de ses droits, mèneront, en juillet 1982, à sa condamnation à mort. Mumia est de toute évidence le coupable idéal. Par deux fois, en 1995 et en 1999, la mobilisation internationale a empêché son exécution.

En 1999, Arnold Beverly, ancien tueur à gage, avoue à l’une des avocates de Mumia être l’auteur du meurtre de l’officier Faulkner. Cette confession est validée par un test au détecteur de mensonge. Malgré l’évidence, le procureur de Philadelphie refuse d’enquêter, et il est même interdit aux tribunaux de l’entendre, sous prétexte que le témoignage est hors délais des procédures. En 2001, la sténographe du tribunal de l’époque affirme qu’avant le début du procès, elle a entendu le juge Sabo dire : ’Yeah, je vais les aider à griller ce nègre’, faisant référence à Mumia. Cela remet en avant l’évidence du racisme inhérent au procès. Dans la même année, un journaliste reconnu affirme s’être rendu sur les lieux de la fusillade en décembre 1981, afin d’en parler, et n’y avoir vu aucun membre des forces de l’ordre. Cette affirmation ne fait que confirmer ce qui avait été mis en avant lors des audiences en 1982, et tous les manquements de l’enquête.

En 2001, la sentence de mort de Mumia a été provisoirement écartée, mais il est toujours considéré comme coupable. Cela signifie qu’une nouvelle sentence pourrait être prononcée après que tous les appels aient été épuisés. Mais seules deux options s’offriront alors : soit la peine de mort, soit une peine de prison incompressible. Aujourd’hui, les options d’appel s’amenuisent... et Mumia se trouve toujours dans le couloir de la mort.

Mumia menotté en prison

Le 7 décembre 2012, les avocats de Mumia Abu-Jamal annoncent qu’il ne sera pas exécuté. Au début de l’année, une cour d’appel fédérale avait décidé que sa peine devait être réexaminée en raison de vices de procédures durant son procès pour le meurtre de policier en 1982. La Cour Suprême avait rejeté la demande des procureurs de Philadelphie de recondamner l’ancien Black Panther à la peine de mort. Aujourd’hui, ces derniers ont annoncé qu’ils ne feraient pas appel de cette décision. Mumia est donc condamné à une peine de prison à perpétuité et transféré de la prison SCI-Greene de Waynesburg à la prison SCI-Mahanoy de Frackville, à 170 km de Philadelphie.
Les nouvelles conditions de détention ne sont que restrictions, interdits et humiliations. Il se trouve en isolement total de manière permanente, la lumière de sa cellule reste constamment allumée, ses contacts hebdomadaires avec l’extérieur sont limités à une visite et à un droit d’appels téléphoniques réduit à un quart d’heure cumulé. Mumia est menotté et enchaîné dès qu’il sort de sa cellule, même pour aller prendre une douche, et il a été privé de tous ses effets personnels, de livres, de radio, de télévision et de machine à écrire. Ce régime va durer deux ans.
En octobre 2014, Mumia Abu-Jamal adressé via un message enregistré l’ouverture au Goddard College, au Vermont. La réaction du monde politique à cette intervention a été rapide : Le projet de Loi "Relief Act Revictimisation" privant les prisonniers de Pennsylvanie de leur droit d’expression (notamment à propos de leur condamnation) est adopté, en procédure d’urgence, par les deux chambres de l’Etat.
Le 30 mars 2015, Mumia, agé de 61 ans, est hospitalisé d’urgence en raison d’un choc diabétique qui l’a plongé dans le coma. A l’hôpital, Mumia est placé à l’isolement. Ce ne sera qu’en mai qu’il pourra parler à son épouse au téléphone. Il reste dans un état de faiblesse extrême, il a perdu 22 kg et n’est plus en état de se nourrir lui même.

Déclaration de Mumia Abu-Jamal (2001)

Moi, Mumia Abu Jamal, je déclare :

Je suis le requérant dans cette action. Si j’étais appelé en tant que témoin, je pourrais témoigner par ce formulaire de mes connaissances personnelles.

Je n’ai pas tué l’officier de police Daniel Faulkner. Je n’avais rien à voir avec le meurtre de l’officier Faulkner. Je suis innocent.

Durant mon procès, on m’a refusé le droit de me défendre moi-même. Je n’avais aucune confiance en mon avocat commis d’office, qui ne m’a même jamais demandé ce qui s’était passé la nuit durant laquelle on m’a tiré dessus et où l’officier de police a été tué. De plus, j’ai été exclu d’au moins la moitié de mon procès.

A partir du moment où l’on m’a refusé tous mes droits durant mon procès, je n’ai pas témoigné. Je ne souhaitais pas être utilisé pour faire croire à un procès équitable.

Je n’ai pas témoigné lors de la post-condamnation de 1995 sur conseil de mon avocat, Leonard Weinglass, qui m’a explicitement dit de ne pas le faire.

Aujourd’hui, pour la première fois, on m’a donné l’opportunité de dire ce qu’il m’est arrivé aux petites heures du 9 décembre 1981. Voici ce qui s’est passé :

En tant que taximan, je choisissais régulièrement la 13ème et Locust Street parce que c’était une zone populaire de clubs, avec beaucoup de circulation piétonne. Dans la nuit du 9 décembre 1981, je travaille à partir d’United Cab. Je crois que je revenais d’avoir été faire une course à West Philly.

J’étais en train de remplir mon journal de bord lorsque j’ai entendu des cris. J’ai jeté un oeil dans mon rétroviseur et j’ai vu la lumière du gyrophare d’une voiture de patrouille de police. Ce n’était pas inhabituel. J’ai continué à remplir ma feuille de route lorsque j’ai entendu ce qui ressemblait à des coups de feu. J’ai à nouveau regardé dans mon rétroviseur et j’ai vu des gens courir de haut en bas de Locust Street.

En regardant plus attentivement, j’ai reconnu mon frère, debout dans la rue, titubant, troublé.

J’ai immédiatement quitté mon taxi et j’ai couru vers son appel. Comme je traversais la rue, j’ai vu un officier en uniforme, tourné vers moi, une arme à la main. J’ai vu un flash et suis tombé à genou. J’ai fermé les yeux et me suis assis, pour reprendre mon souffle.

La chose suivante dont je me souviens, c’est de me sentir frappé et être sorti de ma stupeur.

Quand j’ai réouvert les yeux, il y avait des policiers tout autour de moi. Ils gueulaient, juraient, m’attrapaient et me tiraient. Je me suis senti faiblir et j’avais du mal à parler. Regardant à travers cette foule de policiers, je vois mon frère, du sang coulant le long de son cou, un policier le maintenant couché sur le trottoir.

On m’a remis sur mes pieds et percuté contre un téléphone où je suis tombé, puis on m’a jeté dans un combi. Je pense que j’ai dormi jusqu’à ce que j’entende la porte s’ouvrir. Un officier blanc, vêtu d’une chemise blanche, est entré en jurant et m’a frappé au visage. Je ne me souviens pas de ce qu’il a dit sauf de beaucoup de ’nègre’, de ’black mother fucker’ et autres.

Je suppose qu’il est parti et que je me suis rendormi. Je ne me souviens pas du combi qui roule pendant un moment. Je me suis réveillé pour entendre le conducteur parler de son prisonnier dans sa radio. J’apprends par le grésillement anonyme de la radio que je suis en route pour le bâtiment de l’administration de la police, à quelques blocs. Puis, des sons tels que ’I.D.D.’ et ’M.I.’ sortent de la radio, disant au conducteur d’aller à l’hôpital Jefferson.

A mon arrivée, je suis jeté par terre et battu.

Je suis à nouveau battu devant les portes de l’hôpital. A cause du sang dans mes poumons, il m’était difficile de parler, impossible de gueuler.

Je n’ai jamais rien avoué parce que je n’avais rien à avouer. Je n’ai jamais dit que j’avais tué le policier. Je n’ai pas tué le policier. Je n’ai jamais dit que je souhaitais qu’il meurt. Je ne dirais jamais une chose pareille.

Je déclare sous peine de parjure des lois des Etats-Unis que mes déclarations sont vraies et correctes, rédigées par moi-même le 3 mai 2001 à Waynesburg, Pennsylvanie.

Manifestation pour la libération de Mumia

Conférence de Claude Guillaumaud-Pujol sur Mumia et le BPP

Le 20 février 2009, le Secours Rouge a organisé à Bruxelles une Conférence de Claude Guillaumaud-Pujol sur le Black Panther Party et le cas Mumia Abu-Jamal. Claude Guillaumaud-Pujol est née le 16 avril 1945 à Tours. En tant qu’universitaire spécialisée en civilisation américaine, elle s’est rendue en 1990 à Philadelphie afin de mener sa thèse consacrée à la brutalité policière et aux minorités. Elle a enseigné dans les universités de Tours, Clermont-Ferrand et Marne-la-Vallée. Avec ses étudiants à Tours, elle fonde un groupe de soutien à Mumia Abu-Jamal et aux MOVE 9 : ’Just Justice TOURS’. Elle est également membre du Collectif national ’Ensemble sauvons Mumia Abu-Jamal’ basé à Paris.

Avant sa conférence publique, Claude Guillaumaud-Pujol a répondu aux questions d’une animatrice de la radio Passe-Muraille. Cet entretien a été diffusé sur les ondes le lendemain de la soirée, dans le cadre de l’émission sur la prison diffusée tous les dimanches.

Affiche de la soirée BPP L’affiche de la soirée

Pour en savoir plus

Sur le Black Panther Party :

Voir notre dossier

Sur l’affaire Mumia Abu Jamal :

Voir le site du comité de soutien français

Voir le site du comité de soutien américain

Brochure disponible (format .pdf) :

Jaquette du Cahier SR sur les BPP

Bibliographie de Mumia Abu-Jamal en français :

Livre de Mumia Abu Jamal

En direct du couloir de la mort
- (Posteface de Léonard Weinglass)
- Editions ’La découverte’
- € 12,96

Livre de Mumia Abu Jamal

En direct du couloir de la mort
- (Préface de Jacques Derrida)
- Editions ’La découverte/Poche’
- € 8,54

Livre de Mumia

La mort en fleurs
- (Posteface de Léonard Weinglass)
- Editions ’Le Temps des Cerises’
- € 12,96

Livre de Mumia

We want freedom - Une vie dans le parti des Black Panthers
- Editions ’Le Temps des Cerises’
- € 15

Affiche du Secours Rouge International pour Mumia Abu-Jamal

Affiche du SRI pour Mumia Abu-Jamal

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