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1er janvier 2000

Le procès de la Moncada

Le 26 juillet 1953, 166 jeunes révolutionnaires, mal préparés et mal armés, attaquent la caserne Moncada, à Santiago de Cuba, et la caserne Carlos Manuel de Gazons, à Bayamo. Cette date est le point de départ de la révolution cubaine, et devint le nom du mouvement révolutionnaire (Movimiento 26 Julio ou M 26-7) que Castro allait fonder après sa libération, qui conquit finalement le pouvoir en 1959.

L’attaque de la Moncada devait être le signal d’un soulèvement populaire contre le régime du général putschiste Batista, au pouvoir depuis mars 1952, qui atteignait des sommets de corruption et de cruauté. Elle avait été préparée par Fidel Castro, alors jeune avocat, et son second Abel Santamaría qui la veille avait dit aux rebelles « ... soyez assurés de notre victoire, ayez foi en notre idéal ; mais si le destin s’avère contraire pour nous, il nous faut rester courageux dans la déroute, car ce qui se sera passé ici se saura et mourir pour la patrie sera un exemple pour toute la jeunesse de Cuba ».

La caserne Moncada après l'assaut La caserne Moncada après l’assaut

Et l’attaque échoue. Plusieurs révolutionnaires sont tués, tandis que d’autres sont capturés. 75 révolutionnaires au total seront tués par les militaires ou les policiers de Batista. Abel Santamaría est torturé, on lui brûle les bras et on lui arrache un œil pour lui faire avouer le nom du dirigeant de l’insurrection. Des photos montrent que la grande partie des révolutionnaires tués ont été torturés et abattus après leur reddition et devant le scandale naissant, les rebelles arrêtés la nuit suivante, notamment Fidel Castro et son frère Raúl, échappent à l’exécution sommaire.

Révolutionnaires tués aux abords de la Moncada Révolutionnaires tués aux abords de la Moncada

Quelques révolutionnaires capturés après l'attaque, (Castro est le premier de la file) Quelques révolutionnaires capturés après l’attaque, (Castro est le premier de la file)

En septembre 1953, les procès de l’attaque ont eu lieu. Fidel Castro, comme dirigeant principal est jugé séparément. Il est amené dans la salle de l’Hôpital Civil, où l’audience se tenait, après plus de deux mois d’isolement total. Il entend le procureur requérir 26 ans de prison, et se lance alors dans une « plaidoirie », en fait un discours politique, intitulé La Historia me absolvera, l’Histoire m’acquittera. Pendant trois heures, sans lire ses notes, il dénonce les crimes de la dictature et la misère du peuple cubain. Castro est alors un démocrate radical et progressiste – pas un communiste. Il cite de mémoire Jean de Salisbury, Saint Thomas d’Aquin, Martin Luther, Juan de Mariana, François Hotman, Johannes Althusius, Juan Poynet, Jean-Jacques Rousseaux et bien d’autres. Elevé par les Jésuites, il met l’accent sur Saint Thomas d’Aquin, selon lequel les tyrans devaient être démis par le peuple.
Loin de se limiter à dénoncer à la dictature, Castro expose le projet politique qui motivait l’assaut de la Moncada, et qui passait par 5 points prioritaires. La première loi remettait en vigueur la Constitution républicaine de 1940, suspendue par Batista. La deuxième était une loi de réforme agraire, qui donnait la propriété aux métayers qui occupaient jusqu’à une soixantaine d’hectares. La troisième octroyait aux travailleurs 30% des parts des grandes entreprises. La quatrième accordait aux récoltants 55% du revenu de la canne à sucre. Et la cinquième loi ordonnait la confiscation de tous les biens accaparés par les concessionnaires des gouvernements successifs.

Castro allait conclure avec ces mots restés célèbres : « Je terminerai ma plaidoirie d’une manière peu commune à certains magistrats en ne demandant pas la clémence de ce tribunal. Comment pourrais-je le faire alors que mes compagnons subissent en ce moment une ignominieuse captivité sur l’Île des Pins ? Je vous demande simplement la permission d’aller les rejoindre, puisqu’il est normal que des hommes de valeur soient emprisonnés ou assassinés dans une République dirigée par un voleur et un criminel. Condamnez-moi, cela n’a aucune importance. L’histoire m’acquittera. »

Castro lors de sa détention Castro lors de sa détention

Les prisonniers de la Moncada à leur libération en 1955 (Castro est au centre) Les prisonniers de la Moncada à leur libération en 1955 (Castro est au centre)

Castro est condamné à 15 ans de prison sur l’Île des Pins, et son frère à 13 ans de prison. En 1955, en raison de la pression de personnalités civiles, de l’opposition générale, et des Jésuites qui avaient participé à l’instruction de Castro, Batista décide de libérer tous les prisonniers politiques, y compris les attaquants de la Moncada. Les frères Castro partent en exil au Mexique, où se retrouvent les Cubains décidés à renverser le régime. Ils y rencontrent "Che" Guevara qui se joint à eux. Les membres du M 26-7 sont entraînés par Alberto Bayo, un ancien officier de la République espagnole exilé au Mexique, et le 26 décembre 1956, avec un armement de fortune, ils s’embarquent pour Cuba.

Le 28 janvier 1960, la caserne Moncada a été transformée en école.

Les révolutionnaires tués à la Moncada Les révolutionnaires tués à la Moncada

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